Six heures en selle, des dénivelés, un bivouac le soir et la même chose le lendemain : la randonnée équestre ne pardonne aucun défaut de la selle. Ce qui passe inaperçu en une heure de carrière devient une gêne à la troisième heure, puis une blessure au troisième jour. Voici comment préparer une selle western pour les longues distances.
Pourquoi la selle western est faite pour la randonnée
La selle western est née pour des journées entières à cheval : celles des vaqueros et des cowboys qui convoyaient le bétail sur des centaines de kilomètres. Elle en a gardé trois qualités précieuses pour le randonneur :
- Une grande surface d'appui : les barres de l'arçon, longues et larges, répartissent le poids du cavalier — et celui des bagages — sur une plus grande partie du dos qu'une selle anglaise.
- Une assise stable : le cavalier est calé, il peut se détendre sans perdre l'équilibre, même dans les pentes.
- Des points d'attache partout : anneaux, D, saddle strings et horn permettent d'emporter sacoches, gourde, corde et vêtement de pluie.
Le dos du cheval avant tout
En randonnée, un léger défaut d'ajustement se paie cher : la pression se répète des milliers de fois par jour, et la sueur, la poussière et la chaleur font le reste. Avant de penser aux sacoches, vérifiez l'essentiel.
Un arçon adapté, une selle bien placée
L'angle de barre doit correspondre à la morphologie du cheval (nous l'expliquons en détail dans notre guide pour choisir sa selle western). La selle doit se poser derrière l'épaule, sans la bloquer, et ne pas déborder sur les reins. Un cheval qui a maigri ou s'est musclé depuis l'achat de la selle peut avoir besoin d'un autre tapis — voire d'un autre arçon.
Le tapis et le mouton
Choisissez un tapis épais et respirant (laine, feutre), qui dépasse légèrement la selle tout autour. Sur une selle de randonnée, le vrai mouton sous les skirts fait une vraie différence : il amortit, absorbe l'humidité et laisse respirer le dos.
Le test des marques de sueur
Au retour d'une première longue sortie, dessellez et observez le dos : la sueur doit être répartie régulièrement. Une zone sèche entourée de zones humides signale un point de pression, à corriger avant de partir pour plusieurs jours.
À chaque pause longue, desserrez la sangle d'un ou deux crans et, si possible, soulevez la selle quelques secondes pour laisser le sang revenir dans les tissus. Resanglez avant de repartir — le cheval, lui, vous remerciera le troisième jour.
Le confort du cavalier
Un cavalier qui a mal se tord dans la selle, charge un côté, et finit par blesser son cheval. Le confort du cavalier n'est donc pas un luxe, c'est une question d'équilibre.
- L'assise : une assise matelassée ou un siège encastré soulage le bassin sur la durée. Sous le cuir, une mousse technique haute densité (comme la HD110 utilisée à l'atelier) absorbe les chocs sans s'écraser.
- La taille : en randonnée, on évite l'assise trop juste. Un demi-pouce de plus permet de changer de position au fil des heures.
- Les étriers : des étriers en bois larges, gainés de cuir, répartissent la pression sous le pied et isolent du froid.
- Les fenders : souples et bien assouplis, ils doivent laisser la jambe tomber naturellement, sans tordre le genou.
Sacoches, collier de chasse, sangle arrière : bien s'équiper
Les sacoches avant et arrière
Les sacoches arrière, fixées derrière le cantle, accueillent l'essentiel : trousse de secours, vêtements, ration. Les sacoches avant, de part et d'autre du horn, gardent à portée de main ce qui sert en route : carte, téléphone, gourde, encas. La règle d'or : équilibrer le poids à gauche et à droite, et charger le moins possible. Chaque kilo superflu se porte des dizaines de kilomètres.
Le collier de chasse
Le collier de chasse (breast collar) empêche la selle de glisser vers l'arrière dans les montées. Il se règle pour passer au-dessus de la pointe de l'épaule sans gêner la respiration ni le mouvement des épaules.
La sangle arrière
La sangle arrière stabilise la selle, surtout quand elle est chargée de sacoches. Elle se règle au contact du ventre — sans serrer — et doit toujours être reliée à la sangle avant par une courroie de liaison : sans elle, elle peut glisser vers le flanc et provoquer une défense.
Les petits détails qui comptent
- Des saddle strings en bon état pour attacher un ciré roulé derrière le cantle.
- Un licol sous le filet et une longe attachée à la selle pour les pauses.
- Une couverture du horn (wrap) si vous menez un cheval en main ou travaillez à la corde.
- Éventuellement des tapaderos, qui protègent les pieds dans les broussailles et le froid.
La check-list avant de partir
- Arçon vérifié sur le cheval, test des marques de sueur réalisé lors d'une sortie longue.
- Latigos, contre-sanglons et étrivières contrôlés : aucune craquelure, aucune couture qui lâche.
- Tapis propre et sec, mouton brossé.
- Sacoches pesées et équilibrées, rien qui ballotte ni ne frotte le cheval.
- Collier de chasse et sangle arrière ajustés, courroie de liaison en place.
- Étriers réglés à la bonne longueur — plutôt un trou plus long qu'en carrière.
- Une trousse de réparation : lacets de cuir, cure-pied, couteau, quelques colliers de serrage.
Et au retour ? La selle a travaillé autant que vous. Un nettoyage et un peu de nourriture pour le cuir lui redonneront sa souplesse : nous détaillons la méthode dans notre guide d'entretien de la selle western.
Cet article a été écrit à l'atelier Lerod Saddles, où chaque selle western est conçue et fabriquée à la main, du début à la fin. Une question, un projet ? Écrivez-nous ou découvrez les selles de l'atelier.